Bertrand Goussé possède une qualité rare parmi les créateurs, celle de nous inviter à l’accompagner dans un voyage en quête de l’essence humaine. Il photographie des corps en situation de nous communiquer quelque chose par les regards, leurs visages, leurs gestes parfois empreints des marques du temps, du lourd labeur, voire de la misère, leurs sueurs, leurs vêtements nous communiquent leur difficulté d’existence !
Il nous bouleverse par sa discrétion remarquable comme s’il tenait à s’excuser d’avoir ravi par l’image quelque chose d’essentiel de l’être, nous rendant complice d’un délit si merveilleux : receleur des âmes !
Animé d’une éthique fondamentale, il nous propose de contempler l’incommensurable dimension des sentiments humains.
Il procède par ne pas troubler leur cohérence, leur équilibre éphémère, leur intimité. Ainsi nous l’acquittons d’une aléatoire accusation de kidnappeur. L’artiste poursuit sa rêverie éveillée, telle une mère caressant son enfant endormi, quitte la pièce sur la pointe des pieds, laissant son enfant recréer le monde par son activité onirique.
Il évite l’opulence du monde et des êtres pour s’écarter de tout artefact, camouflage qui pourrait troubler la rencontre tant attendue avec la pureté de la personne humaine, nonobstant sa quête interminable du firmament de la beauté et de la bonté de l’être, comme tout chercheur de l’impossible, on le sent souvent déçu, tiraillé par la crainte de ne pas avoir pu fixer à jamais (avec son objectif) une parcelle de l’invisible les émotions de l’homme !
Exigeant, en quête d’absolu, archéologue du vivant il nous émeut par son approche, tel un sculpteur qui voudrait garder un petit échantillon de l’affectivité inaltérable voire inoxydable de l’individu. Artiste révolté, écorché vif, face aux convulsions du monde avec son lot d’injustice, ou artiste sensuel, humaniste, authentique, c’est le dilemme que chacun doit s’efforcer de comprendre pour mieux saisir son oeuvre. C’est sa façon à lui de nous rendre notre propre liberté en regardant ses photographies.
En étant quelque peu attentif aux images qu’il nous présente, il est frappant de remarquer la répétition de certains thèmes. Est-ce ses préoccupations de l’existence tel narcisse qui contemplait sa propre image ? Le regard avec ses mystères, la vie et la mort à travers les liens de filiation et de continuité hypothétique, les rapports entre l’enfant et l’ancêtre, la recherche d’une quête de soi à travers l’autre, les thèmes religieux au sens noble, la souffrance à partir de blessures narcissiques, la perte d’un être cher etc.
Ce pèlerinage dans la solitude de l’hêtre ne me paraît pas un acte de désespoir, je le perçois comme une supplication nous réveillant notre éventuel renoncement.
Le message de son oeuvre pourrait être : Si tu te sens seul tends la main, un réconfort peut surgir de la foule ; si tu vois une main tendue, attrape-la, ne laisse pas un aveugle au milieu de la chaussée. Oui ses images sont un hymne qui font battre nos coeurs réactivant les aspects endormis de nous mêmes, nous rappelant que l’autre ne peut pas exister que si nous sommes attentifs à sa requête.
Dés lors que nous avons vu ses images photographiées on se sent de nouveau fier d’appartenir à la race humaine.

Pierre Souterau.

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